Avec Marie Camilari de HL Dressage Connect, nous poursuivons notre réflexion sur comment remettre concrètement notre cheval en route. Nous avons bien en tête les modifications physiologiques engendrées par l’arrêt (voir notre article précédent). A nous d’en tenir compte pour élaborer un plan de reprise adapté, en veillant à préserver son intégrité physique et son bien-être mental.

Pour compléter notre réflexion, nous avons aussi questionné nos amis cavaliers de concours complet d’outre-manche :« Tous nos chevaux ont un break après leur dernier concours mi-novembre. Ils sont au pré jusqu’à mi-janvier. Ils reprennent au pas 30 min pendant quelques jours, avant de reprendre le trot en montant progressivement la durée, en trotting. Ils reprennent le travail de dressage au bout de 3 semaines, l’obstacle au bout d’une dizaines de jours » répond de Bettina Cardinael, cavalière et groom concours de Ludwig Svennerstal, cavalier olympique suédois, basé à l’Aston Farm dans le Gloucestershire.

Reprendre trop vite, trop fort engendrerait des douleurs musculaires (courbatures, tensions musculaires) et articulaires, avec lesquelles le cheval ne pourrait pas prendre plaisir à se bouger.

 

Comment reprendre sans risquer une pathologie ?

Bien sûr, vous allez être impatient de « remettre les fesses dessus ». Mais il va falloir prendre son temps et y aller par étape pour :

  • Tonifier les muscles « porteurs » : ceux des chaîne dorsales et ventrales (dos et abdos).
  • Travailler sa condition physique, la capacité de son cœur à tenir l’effort : Il va falloir aussi travailler le fond (l’endurance).
  • Travailler le souffle, sa capacité respiratoire.
  • Laisser des temps de repos : le corps aura besoin de récupérer, cicatriser des micro-traumatismes, des courbatures, se régénérer entre les entraînements.
  • Lui prodiguer des soins adaptés pour l’aider : soins externes, suivi par un masseur professionnel certifié pour éliminer les tensions et courbatures qui pourraient faire apparaître des phénomènes de compensation. Pensez à appeler votre vétérinaire au moindre doute. Je souhaite préciser une chose importante : les produits tels que l’argile, huiles essentielles, gels et autres compléments alimentaires ne feront jamais gagner du temps sur le retour au pic de forme ! Ils viendront aider, accompagner, mais la patience sera votre meilleure alliée.

 

Les étapes de la remise en route

Nous allons vous proposer notre plan de remise en route en vous expliquant nos choix.

  • Remise en route en liberté ou en longe

Commencez par le bouger aux 3 allures en activité libre : Cela peut être dans un rond de longe en liberté, au bout d’une longe. L’idée est de remettre le corps en mouvement aux 3 allures sans contrainte d’enrênement ni surfaix. Il va naturellement se mettre dans le confort. De plus, ce moment privilégié sera idéal pour recréer un lien avec lui, travailler à la voix.

⚠️ La durée des séances : Vous pourriez vous dire « je longe sans rien donc c’est facile pour le cheval », en fait non. Rappelez-vous, cela fait plus de deux mois qu’il vit tranquille, à sa vitesse dans son paddock ou son pré. Donc même si les premières séances se font sans enrênement, il est important de démarrer par de toutes petites séances : 10, 15 puis 20 min entrecoupées de nombreux retours au pas, un peu comme un fractionné. Vous serez vigilant sur sa façon de respirer, s’il transpire beaucoup. Ce sont des signes qui peuvent vous dire que cela est trop dur, trop intense pour lui.

De même, ne pas s’attarder sur l’attitude. Cela n’est pas important à ce stade. Le cheval doit se positionner dans le confort.

Ensuite, vous pourrez utiliser un enrênement. Au début, il devra être non contraignant et juste présent pour une « orientation ». L’état musculaire n’est pas encore prêt à « s’arrondir » sans conséquence (courbatures/raideurs).

A la fin de cette étape, prévoyez de faire quelques séances avec la selle avant de remonter. Il doit aussi reprendre l’habitude de porter quelque chose.

L’objectif de l’étape de la longe = respect de sa morphologie + du fonctionnement de base naturel

  • La reprise montée

Voici le moment tant attendu, chevaucher votre destrier ! Vos dernières sensations sont bien gravées dans votre mémoire, celle de cette dernière séance, ce galop souple, ce saut délié au-dessus des barres. Nous allons vous faire remettre les pieds sur terre. Cette première séance montée risque de ne pas être à la hauteur de vos espérances.

Pourquoi ?

  • Il a perdu l’habitude de vous porter : ne travaillant plus en ligne lors des entraînements, sa dissymétrie naturelle a repris sa place. Il aura perdu son équilibre latéral & et vertical, sa rectitude. Aussi, vous allez revoir apparaître ce postérieur qui s’écarte, le contact ne sera pas forcément agréable. Rassurez-vous, ces mauvaises sensations vont disparaître au fur et à mesure des séances où vous allez le retravailler en ligne.
  • Vous avez perdu l’habitude de monter à cheval. Nous sommes également « à pieds » depuis deux mois. Même si vous avez continué à vous entretenir physiquement d’une manière ou d’une autre, il va falloir se « remettre en route » avec nos amis quadrupèdes. La position du cavalier a un impact sur le fonctionnement du cheval : alignement épaules-hanches-talons, haut du corps tonique, bras souple, assiette liante, la position des mains ensemble et devant la selle. Cavalier souple = cheval souple. Deux mois sans monter, vous aurez perdu : en équilibre, en tonicité musculaire (gainage), en réflexe et en confiance en vous : plus ou moins d’appréhension les premières séances et c’est normal ! Votre corps doit retrouver ses repères sur cet animal vivant, en mouvement et sûrement très heureux de retravailler !

Cela tombe bien puisque nous avons baissé notre exigence par rapport à notre cheval. Nous allons pouvoir augmenter notre vigilance par rapport à notre position !

Point théorique sur la « dissymétrie naturelle » : beaucoup de cavaliers se demandent pourquoi on passe autant de temps à travailler cette fameuse rectitude. Il faut savoir qu’un cheval, comme nous les bipèdes, a un côté fort et un côté souple. Naturellement, et cela s’observe notamment au galop, le cheval se déplace « de travers ». Pour lui, c’est ce qu’il y a de plus normal. Donc nous, cavaliers, passons énormément de temps à remettre nos chevaux « en ligne ».
Les chevaux doivent apprendre à fonctionner en ligne afin d’avoir une poussée symétrique des deux postérieurs (n’oublions pas du coup qu’il y en a un qui voudra pousser plus fort que l’autre et que le deuxième voudra s’écarter pour échapper à l’engagement), pour obtenir une musculature la plus symétrique possible, une répartition des masses la plus homogène possible afin de pouvoir améliorer l’équilibre latéral et vertical et donc le contact.

A ce stade, il est important de ne pas encore s’assoir au trot et si possible, rester en suspension ou en équilibre dans les premiers temps de galop. Cela permettra à votre cheval de bouger et d’échauffer son dos librement sans la contrainte de son cavalier (qui manquera également de souplesse). Lorsque vous voudrez réintroduire ces temps « assis », faites-le au début par intermittence : on s’assoit un peu, on se remet en équilibre (ou trot enlevé), etc.

Un indice pour vérifier qu’il est capable de nous porter : votre cheval ne doit pas être perturbé. Rien ne doit se dégrader (cadence-attitude-contact) entre votre temps « debout » et votre temps « assis ».

Ensuite, vous augmenterez progressivement la charge de travail en privilégiant le fonctionnement général dans les 3 allures (bien sûr chaque cheval est différent) avec du travail de base.

 

A ces séances en carrière, vous devrez inclure des séances pour travailler « le fond », son endurance. Rien de mieux que d’aller les faire en extérieur avec les trottings. Mais, attention de ne pas en faire trop ! Il sera très heureux (vous aussi) et il ne sentira pas sa fatigue. L’idéal est de prévoir sa séance de trotting : définir le temps, le parcours et les temps dans chaque allure.

L’objectif de l’étape « reprise monté » -> travailler la base = technique + facilité

Voici un petit plan-type de démarrage qui sera à ajuster, à personnaliser pour chaque cheval.
Il est important de vous rapprocher de votre coach ou de vous faire accompagner par un professionnel, afin d’avoir un protocole personnalisé pour vous & et votre cheval.

1ère semaine 3 séances de longe entrecoupées de temps de repos
2ème semaine 3 séances : 2 longes et 1 petite séance montée en carrière ou extérieur
3ème semaine 4 séances :  3 séances montées et 1 longe

 

Les points de vigilance sur la santé de votre cheval ?

  • Sa façon de respirer : l’essoufflement est un signe que vous êtes allé trop vite. Réduisez la charge, pour lui laisser le temps de se remettre en forme.
  • Sa façon de bouger ! Courbatures et raideurs musculaires peuvent vite arriver. Nous vous rappelons que les courbatures sont des micro-traumatismes musculaires qui apparaissent après un effort physique inhabituel ou supérieur à ce qu’il est habitué. Elles sont sournoises car elles apparaissent 1 à 2 jours après l’effort. Elles sont dues à une réaction inflammatoire. Aussi, vous comprendrez qu’il ne faut surtout pas étirer un muscle courbaturé. Une étude sur des sportifs a prouvé que les massages accélèrent la cicatrisation des fibres musculaires lésées. Aussi, je recommande de programmer une séance de massage au début de la reprise, et à mi-parcours afin d’éliminer les courbatures et tensions liées à la reprise.
  • Son état de fatigue : si vous sentez qu’il est moins allant, n’hésitez pas à abréger sa séance, à la reporter.
  • Ses membres : l’apparition de molettes, chaleur… peut être des signes que vous êtes allé trop vite.

Au moindre doute, votre meilleur conseil sur la santé de votre cheval est votre vétérinaire !

Pour l’accompagner dans la reconstruction de son corps d’athlète et prévenir les maux musculaires liés à la reprise, intégrez dans son plan de reprise la venue d’un masseur professionnel certifié !