Avec la crise sanitaire liée au Coronavirus et les directives gouvernementales de confinement, ma jument a été mise « en vacances » au rythme de paddock la journée et box la nuit.

Je l’ai arrêtée alors qu’elle était au top de sa forme, prête à entamer sa saison de concours en dressage, niveau Amateur Elite préliminaire et grand prix. Je vous partagerai sa remise en route avec l’évolution de son physique en partant de J zéro date de reprise jusqu’à son retour au niveau Amateur Elite, ainsi que les soins de massages et stretching associés, à chaque étape clé.

Mais avant cela, je voulais étudier le sujet, ne pas partir « tout feu, tout flamme » dans sa remise au travail et risquer de la blesser. Pour m’aider dans cette réflexion, j’ai fait appel à Marie Camillari de HL Dressage Connect, basée au Haras De Lauture.

 

Que se passe-t-il musculairement quand votre cheval est au pré ?

 Nos chevaux modernes, à part dans leur quart d’heure de folie, trottent et galopent très peu en comparaison avec le cheval sauvage qui devait fuir un prédateur, se déplacer lors de transhumance…. À l’état naturel, les chevaux vivent en troupeaux, généralement sous la conduite d’un unique étalon reproducteur. Ils entretiennent des rapports sociaux et comptent sur leur vitesse pour échapper à leurs prédateurs.

Dans nos prés et paddocks, l’allure de prédilection de nos chevaux est le pas, plutôt cool et pas très « cardio ». De plus, en broutant il baisse la tête et via le ligament nuchal, l’intégralité du dos va remonter mécaniquement et passivement. Par effet de cascade, cela va provoquer le relâchement de sa sangle abdominale.

Pour compléter, je vous invite à lire l’article rédigé par Equisense, sur le fonctionnement du dos.

La charge de l’entrainement étant réduite à néant, nos chevaux vont perdre rapidement :

  • Leur force, mais aussi leur tonus musculaire, l’élasticité tendineuse et ligamentaire, leur souplesse articulaire. Leurs tissus vont s’adapter à leur activité. Leur force musculaire « d’avant confinement » ne se justifie plus.
  • Leur condition physique : Le cœur est un muscle comme les autres, il réagit selon la sollicitation de l’entraînement en modifiant sa morphologie et son rythme. Il peut augmenter de volume et abaisser son rythme. Cependant, moins sollicité, il va perdre progressivement les bénéfices des entraînements passés.
  • Leur capacité respiratoire : moins soumis à la ventilation, les alvéoles vont être moins « extensibles ».

 

La reprise de l’activité : que se passe-t-il physiologiquement ?

Il faut avoir en tête, que le cheval va reprendre de zéro. Avec une nuance toutefois, c’est qu’il a déjà été au top. Donc les tissus « savent » s’adapter, se fortifier pour faire face à une activité qui augmente. Nous appelons cela la mémoire tissulaire. Cette mémoire va permettre d’aller plus vite, car il est toujours plus rapide de faire des muscles qui ont déjà été faits, que de faire celui qui ne l’a jamais été. Cependant « rapide » ne veut pas dire « vite », car il va falloir quand même du temps pour reconstruire l’ensemble de son physique de sportif.

Nous pouvons le découper en plusieurs parties :

  • Les muscles : La remise en charge des tissus (muscles, tendons…) doit se faire progressivement. Ces structures se sont adaptées à une activité faible et ne sont plus prêtes à supporter la charge de travail d’avant. Il faut leur laisser le temps de se fortifier progressivement. Si vous ne le faites pas progressivement, vous prenez le risque que votre cheval se blesse (tendinite, desmites, déchirure musculaire…). Vous pouvez les aider avec des compléments externes ou internes, mais mon avis est que cela ne vous fera pas gagner de temps !
  • Le cœur : Nous ne devons pas oublier que le cœur est aussi un muscle qui s’est affaibli pendant l’arrêt. Lui aussi doit se re-tonifier pour être au top de son efficacité et pouvoir alimenter les muscles correctement.
  • Le système respiratoire : Le cheval n’a pas ventilé depuis 2 mois, il pourrait se mettre à tousser, du fait d’ouvrir les alvéoles pulmonaires brusquement. Aussi, ne vous affolez pas et ne sautez pas sur le premier sirop anti-toux ! Laissez-lui juste un peu de temps pour s’adapter. Et, si cela persiste, un petit coup de fil à votre vétérinaire, il sera votre meilleur conseil !

Gardez en tête que la remise en état musculaire est aussi importante que la remise en souffle !

Aussi, vous devez prendre votre temps pour le remettre en route, afin que chaque tissu se fortifie à sa propre vitesse.

Imaginez-vous reprendre une activité après 2 mois d’arrêt ? Vous n’allez pas courir ou nager 1h dès la 1ère sortie sous peine de ne plus pouvoir marcher pendant 1 semaine… Pour lui, c’est pareil.

 

Combien de temps pour que votre cheval retrouve son niveau sportif ?

Cela va dépendre de plusieurs éléments.

  • Son activité actuelle : pré, longe régulièrement, paddock-pré….
  • Son être : son âge, sa fragilité physique (s’il est sujet aux tendinites ou autres traumatismes.)
  • Son niveau où vous l’avez laissé : Vous imaginez bien qu’un cheval de dressage exécutant pirouette, passage, piaffer ou un cheval sautant 140 va avoir besoin de plus de temps qu’un cheval de loisir ou d’école sautant 1m pour retrouver son niveau.
  • Ses soins prévus pour la remise en route, comme les séances de massages & stretching. Ils ne viendront pas accélérer la reprise, mais apporteront du confort physique et du bien-être. De plus, si le cheval continue à travailler avec une courbature, il mettra en place un système de compensation pouvant être source de traumatismes à moyen et long terme.

 

A minima notre règle est 1 mois d’arrêt = 1 mois pour retrouver son niveau. Le confinement ayant démarré le 15 mars, nous serons le 11 mai sur 2 mois minimum d’arrêt de remise au travail progressive. Si c’est plus tard, il faudra ajuster.

Il faut noter que tout doit s’adapter en fonction de chaque cheval évidemment : jeune, vieux, dressé ou non… Mais aussi en fonction du déroulement de la remise au travail.

Le cheval doit « apprécier » sa remise en route et en garder un souvenir positif d’un point de vue musculaire, articulaire et psychologique.

 

Dans notre prochain article, nous aborderons plus précisément la remise au travail avec un protocole progressif, les changements physiologiques, les points de vigilance…